Les voix des femmes dans les médias : la télévision
Les voix des femmes dans les médias : la télévision
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La télévision est le dernier média à être apparu, après la presse, le cinéma et la radio et a hérité, si l’on peut dire, les pratiques de ces industries. Comme le souligne Anaïs Lefèvre-Berthelot¹, les études portant sur le cinéma et la radio montrent l’existence de trois principaux obstacles aux voix féminines dans les médias : des technologies initialement inadaptées aux voix féminines, des industries qui marginalisent les femmes et l’assignation des femmes à des genres spécifiques.
Dans l’industrie télévisuelle, les téléspectatrices sont très tôt prises en compte en tant que consommatrices : on crée des émissions, des séries, voire des chaînes qui leur sont dédiées, souvent sur des créneaux spécifiques : en journée, pour la femme au foyer. Mais les femmes sont tenues à l’écart de la création des contenus et des programmes jugés sérieux comme les informations ou masculins comme le sport, la politique ou encore l’économie.
1- Quelques chiffres :
1.1 Visibilité versus audibilité : un décalage persistant
Le dernier rapport de l’Arcom sur l’exercice 2023, publié le 5 mars 2024, dresse un constat nuancé. Alors qu’il y a environ 43–45 % de femmes en plateau selon les tranches horaires, les femmes occupent 34 % du temps de parole (toutes émissions confondues) en 2023, en recul de 2 points par rapport à 2022 avec un plafond qui stagne depuis 2019 autour de 36 %. 51% des présentateurs sont présentatrices en 2023 mais les femmes représentent 43 % des experts. Les journalistes, chroniqueuses et invitées (politiques et autres) restent elles aussi minoritaires, à 41 % en 2023. Les femmes politiquent occupent 26 % du temps de parole en 2023 (soit –3 pts par rapport au 2ème semestre de 2022).
Dans les fictions, les personnages ne sont que 11 % à être des héroïnes, contre 17 % de héros chez les hommes. Autrement dit, on voit presque autant de femmes que d’hommes à l’antenne, mais on les entend moins longtemps !
1.2 Selon le type d’émission : une présence féminine en progression… ou en stagnation
L’Arcom compare les genres et les formats :
- Information & magazines : on constate une progression de la présence des femmes depuis 2016 sur les plateaux d’information et magazines généralistes ou les documentaires. Il y a plus de femmes à l’image et davantage d’expertes invitées qu’auparavant.
- Divertissement : la présence des femmes en plateau stagne ou recule légèrement.
- Sport : en plateau, il y a environ 20 % de femmes depuis 2020 (après 12 % en 2019), et seulement 11 % de temps de parole est pris par les femmes. Les plateaux de compétitions restent très peu mixtes : dans 60 % des cas, on n’y trouve que des hommes ; dans 1 % des cas, le plateau est composé à 100 % de femmes. Il faut noter aussi que les femmes commentent davantage les épreuves sportives féminines (33 %) que les épreuves sportives masculines (15 %).
- Le service public fait mieux que les chaînes privées pour le taux de présence et le temps de parole. Les chaînes d’informations invitent moins de femmes que les chaînes généralistes.
- Il y a plus de femmes en plateau en journée qu’aux heures de forte audience (18–23 h), où la part de présentatrices et d’invitées baisse.
2. Représentations : quels rôles et quels stéréotypes ?
Les études européennes du Global Media Monitoring Project (GMMP)², en 2020, éclairent la manière dont les femmes sont représentées et les sujets qu’elles peuvent abordent :
- Thématiques : les femmes prennent davantage la parole sur les thématiques santé, sciences, société, justice et sur les sujets de genre. Les hommes dominent les thématiques politique, gouvernement et faits divers ou criminalité.
- Rôles dans les sujets : les femmes ont plus souvent une place de témoins ou de représentantes de l’opinion publique qu’un rôle d’expertes. Moins de 25 % des experts ou analystes cités sont des femmes, avec une amélioration par rapport à 2015 mais le niveau reste bas.
- Âge : il y a un effet “d’évaporation”, c’est-à -dire qu’on trouve peu de présentatrices ou de reporters femmes âgées.
- Statut : On constate également une surreprésentation des femmes dans des occupations socialement peu valorisées comme dans le domaine domestique, de la santé ou du social. Seulement 22 % des personnalités politiques représentées sont des femmes.
En France, l’Arcom et l’INA confirment par ailleurs un biais de thématisation : à la télévision comme à la radio, on parle davantage des hommes que des femmes. En 2023, 37 % des prénoms prononcés par des femmes renvoient à des femmes, et ce pourcentage tombent à 28 % quand les hommes parlent.
3. Pourquoi ça coince (encore) ?
Plusieurs mécanismes expliquent le différentiel entre présence ou temps de parole et la répartition inégale des rôles :
- L’existence de “réflexes” éditoriaux, alimentés par des stéréotypes persistants, par des milieux encore essentiellement masculins (recours à des répertoires “d’experts” masculins, routines de bouclage..).
- Effet prime time : au moment où l’audience est maximale, on trouve moins de présentatrices et moins d’invitées, car elles sont jugées moins réputées et moins crédibles.
- Sport : c’est un univers longtemps masculin, où la mixité des plateaux reste l’exception — malgré la montée de l’intérêt pour le sport féminin et l’objectif paritaire des JO de Paris 2024.
4. Quelles pistes d’amélioration ?
L’Arcom recommande :
- Des objectifs chiffrés par rôle, thème et genre d’émission, avec vigilance renforcée en prime time.
- De considérer aussi le temps de parole, pas seulement la présence à l’image ; d’élargir les sujets confiés aux intervenantes.
- De former aux stéréotypes, d’outiller les rédactions (annuaires d’expertes, accompagnement à la prise de parole), de signer les chartes sectorielles (ex. rédactions sportives).
5. Creusons un peu du côté des séries.
Si les séries dites « féminines » multiplient les représentations de personnages féminins, avec des rôles centraux, elles n’échappent pas aux logiques commerciales de l’industrie télévisuelle et cherchent à capter un public de femmes à travers des dispositifs narratifs engageants (voix off, monologue face-caméra, récits intimes au long cours). La mise en scène des voix féminines répond à une stratégie de rentabilité, visant à fidéliser une audience féminine également ciblée par la publicité.
Pourtant, cette visibilité accrue ne garantit pas une égalité en termes de production : même dans une série emblématique comme Desperate Housewives, les femmes restent largement minoritaires derrière la caméra, avec seulement 15 % de réalisatrices et 30 % de (co)réalisatrices sur l’ensemble des huit saisons. Ce déséquilibre reflète la persistance de freins structurels dans cette industrie, où le choix de confier les premiers épisodes à des hommes est perçu comme une manière de limiter les risques financiers. Or les femmes réalisatrices, comme Shonda Rhimes (Grey’s anatomy, Scandal) ou Lena Dunham (Girls) créent de nouvelles formes d’images et de narration pour lutter contre des représentations encore fortement stéréotypées.
Ces séries, tout en semblant ouvrir un espace pour les voix féminines, illustrent les tensions entre représentation et pouvoir réel dans un médium façonné par les impératifs économiques.
Malgré une présence féminine plus visible à l’écran, les femmes restent moins entendues et souvent cantonnées à certains rôles ou formats jugés « féminins ». Les séries dites féminines illustrent davantage une logique de ciblage commercial qu’un véritable progrès en matière de représentation. Derrière la caméra, les inégalités persistent, révélant un accès limité aux postes de pouvoir et de création. Les femmes restent cantonnées à certains genres ou tranches horaires, et sous-représentées dans les sphères d’expertise. La télévision reflète ainsi les inégalités persistantes dans les médias. Des progrès sont visibles, mais les déséquilibres structurels perdurent.
Sources :
- Arcom – La représentation des femmes à la télévision et à la radio – Rapport sur l’exercice 2023 (publié le 5 mars 2024). Chiffres sur présence, temps de parole, rôles, genres d’émissions et tranches horaires. (Arcom)
GMMP : depuis 1995, c’est une analyse de la présence des femmes par rapport aux hommes, du sexisme et des stéréotypes dans le contenu des médias d’information, en se basant sur un certain nombre d’indicateurs de genre. https://waccglobal.org/our-work/global-media-monitoring-project-gmmp/
¹Lefèvre-Berthelot, Anaïs (2015) . Ecoutez voir. Revisiter le genre par les voix des femmes dans les séries télévisées américaines contemporaines. Thèse de doctorat.
²GMPP : Depuis 1995, tous les cinq ans, le GMMP a analysé la présence des femmes par rapport aux hommes, le sexisme et les stéréotypes dans le contenu des médias d’information, en se basant sur un certain nombre d’indicateurs de genre.
Isabelle Moro, Juillet 2025
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