Egalité, équité, diversité par Gilles Vervisch

13 Déc, 2021

Egalité, équité, diversité par Gilles Vervisch

Gilles Vervisch est philosophe, enseignant et membre du Comité Scientifique A Compétence Egale.
Il a publié plusieurs ouvrages dits de « pop philo » qui rendent, non sans humour, la philosophie accessible au plus grand nombre, dont, entre autres : « Comment ai-je pu croire au Père Noël ? » (Max Milo, 2009), « Quelques grammes de philo dans un monde de pub » (Max Milo, 2012), « Star Wars, la philo contre-attaque, Tome 1 » (Le passeur, 2015), « Le dico des mots qui n’existent (toujours pas) (et qu’on utilise quand même) (co-auteur avec Olivier Talon, Editions Omnibus, 2018), « Peut-on réussir sans effort ni aucun talent ? Les mirages du talent » (Le passeur, 2019), « Comment échapper à l’ennui du dimanche après-midi » (Flammarion, 2020), « Star Wars, le retour de la philo – La saga décryptée Tome 2 » (Le passeur, 2021)
. Il est auteur régulier sur le site le Point Pop, et a collaboré aux hors-séries consacrés à Star Wars, Harry Potter et Disney. Il a été chroniqueur à la radio (dans la matinale du Mouv’) et, un tout petit peu à la télé. En janvier 2012, il est intervenu dans le cadre de TEDx-Concorde (Paris) sur le thème de « la diversité ». Le secret de Platon (Michel Lafon, février 2018) est son premier roman.

 

Egalité, équité, diversité

« La liberté, un de ses détestables mots qui ont plus de valeur que de sens ». C’est de Paul Valéry. On pourrait en dire autant de la « diversité » ou de « l’équité » : des termes à la mode et un peu fourre-tout.

L’équité peut sans doute se définir à partir de l’égalité : on devine qu’il s’agit de deux termes qui se rapportent à la justice. La justice, c’est quoi ? Donner à chacun ce qui lui est dû, ce qui constitue plus un problème qu’une solution : qu’est-ce donc qui est dû à chacun ? Est-ce à chacun selon son travail ? Selon ses besoins ? Ses efforts ? Ses apports ? Ses talents ? Par suite, la justice se définit volontiers comme un synonyme de l’égalité, et tout le monde est content ! L’égalité, c’est donner à chacun la même quantité, sans différence, ni distinction ; ce qui paraît juste, en effet. On dit encore volontiers que « tous les hommes sont égaux », et pourquoi en serait-il autrement ? Il paraît donc juste de donner la même « part » à tout le monde : les mêmes droits à tous les êtres humains – libres. Les mêmes chances à tous les candidats pour un poste. Intuitivement, on a tendance à penser que la justice se définit par l’égalité.

Alors, pourquoi parler « d’équité » ?

A première vue, le terme apparaît comme un cache-misère : « tout le monde pense que le juste c’est une certaine égalité », écrit Aristote (Les politiques, III, 12). Donc, quand on veut justifier l’inégalité, on parle « d’équité ». Manière de dire : c’est inégal, mais c’est juste ! En même temps, il est vrai que l’égalité n’est pas toujours juste ; traiter tout le monde de la même manière ou donner la même part à chacun, n’est pas toujours juste. Si tous les élèves d’une classe reçoivent la même note pour un devoir, alors que les uns ont plus ou moins bien travaillé et les autres, plus ou moins bien réussi, est-ce que c’est juste ? Bien sûr que non ! Sinon, c’est L’école des fans, et plus personne ne voudra travailler, si c’est pour recevoir la même note que les autres. Il paraît plutôt juste – équitable – de donner une meilleure note à ceux qui ont mieux travaillé. Alors comment l’inégalité peut-elle être juste ?

Comme moyen ou comme fin. Comme moyen, d’abord, l’équité est juste dans la mesure où elle vise à atteindre – ou plutôt rétablir – l’égalité. On considère donc que la justice consiste encore et toujours dans l’égalité, mais pour l’établir, il faut donner plus à ceux qui ont moins. La « discrimination positive » consiste à peu près en cela.

Mais peut-être l’égalité comme fin n’est-elle pas toujours juste. Peut-être l’inégalité est-elle parfois juste. Aristote lui-même, s’il admet que la justice se définit par « une certaine égalité », définit l’équité comme, disons, une inégalité juste. Dans L’éthique à Nicomaque, d’abord, où l’équité est l’aptitude – d’un juge – à adapter la loi à un cas particulier, car « il y a des cas d’espèces pour lesquels il est impossible de poser une loi » (V, 14). Traiter tout le monde de la même manière, parce que la loi est la même pour tous, serait injuste. Dans Les politiques, ensuite, Aristote défend encore l’équité, « car à des gens différents il est juste et mérité qu’il revienne [quelque chose] de différent. » (III, 12). Dans tous les cas, Aristote définit la justice, non par l’égalité, mais comme une « proportion » : il est juste que les gens égaux reçoivent la même chose, et que les gens inégaux soient traités différemment. Quand il est question de promotion de la diversité ou de lutte contre les discriminations, tout le problème est de définir l’équité et « l’inégalité juste », pour justifier une sélection qui ne soit pas de la discrimination.

Et la diversité, justement, quand on parle de « promotion de la diversité », n’est pas moins floue que l’équité.

Là encore, le terme est très positif, à tel point qu’il en deviendrait presque une marque ou du moins, un label – un peu comme le « bio ». On parle justement de « biodiversité ». La diversité, c’est la différence ou disons, le plus grand nombre de différences – si l’on pense à la biodiversité. Et si l’on ne sait pas bien définir, on peut au moins nommer son contraire : l’uniformité ou la monotonie ; lorsque tout se ressemble – comme les stormtroopers de Star Wars. La variété, les nuances et les différences apportent de la richesse. Mais quelle richesse ?

En fait, la « diversité » semble plutôt relever de la mode du washing, consistant à cultiver les apparences pour sauver la face – comme le greenwashing ou le pinkwashing. Ainsi, aujourd’hui, au lieu de dire « personnes issues de l’immigration », on dit « issues de la diversité » : c’est, disons, du politiquement correct, mais ça ne change pas grand-chose, sur le fond. Car dans le fond, le « divers » est ce qu’on ne peut pas classer, comme le « fait divers » dont on veut parler, alors même qu’on ne sait pas dans quelle rubrique le ranger. Ou encore, en biologie, l’ornithorynque, tout à la fois mammifère et ovipare, qui n’entre dans aucune catégorie. Le divers, c’est donc plutôt ce qui s’écarte de la norme, pour ne pas dire le monstre. Quand on dit à quelqu’un qu’il est « issu de la diversité », c’est déjà en faire quelqu’un de « différent ». La diversité, c’est l’anormalité.

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