La voix des femmes dans les médias
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Episode 1 – La radio
La population française est très attachée à la radio, puisque selon l’ARCOM, 90% des Français et des Françaises déclarent écouter la radio au moins de temps en temps et que 83% d’entre eux ont confiance dans les informations diffusées[1].
En France, la première émission de radio destinée au public est diffusée le 24 décembre 1921. Des deux côtés de l’antenne, les femmes ont joué un rôle fondamental mais souvent invisibilisé dans le développement général de la radio et les pratiques de radiodiffusion, qu’elles ont fortement influencées.
Les contenus :
Dès les débuts de la radio, dans les années 1920, de nombreux programmes ont été créés pour des audiences féminines. Les ménagères sont au foyer mais elles sont aussi consommatrices, et sont donc cibles des annonceurs et des sponsors. Selon Michele Hilmes, professeure d’études médiatiques et culturelles à l’Université du Wisconsin-Madison et spécialiste de la radio aux États-Unis, dès les années 1930-1940, les feuilletons radiophoniques comme les émissions de style “magazine” ont abordé les problèmes et les préoccupations des femmes américaines. Au Royaume-Uni, l’émission the « Woman’s hour », qui existe depuis 1946 sur la BBC, a d’abord proposé des sujets centrés sur les rôles domestiques des femmes avant d’aborder leurs droits politiques et sociaux et des sujets alors tabous, comme la ménopause ou les relations intimes dans le mariage.
Les femmes aux commandes : productrices et reporters
Les femmes productrices ou reporters ont contribué au développement de nouveaux formats, comme les documentaires sociaux. Ainsi, interviewant les gens chez eux, dans la rue ou au travail, Olive Shapley, qui en 1934 a d’abord travaillé sur l’émission « Children’s Hour » de la BBC, a ensuite produit une émission « Miners’ Wives » (Femmes de mineurs), qui se penchait sur le mode de vie des femmes dans deux villages miniers, l’un dans le comté de Durham en Angleterre, l’autre près de Béthune en France.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les premières femmes correspondantes de guerre apparaissent. Volontaires, elles sont envoyées sur le terrain, mais pas sur le front, qui reste réservé aux hommes. A l’antenne, on leur préfère des hommes, comme l’a rappelé Betty Wason, journaliste de radio. Après avoir démarché les medias de New-York en leur proposant de devenir leur correspondante de guerre, elle a couvert pour CBS les combats en Norvège, puis en Grèce, mais ce n’est pas elle que l’on entend sur les ondes : on lui a rapidement demandé de trouver un homme pour lire ses reportages à l’antenne. On considérait en effet que la voix des femmes n’était pas adaptée à ce type d’information. Betty Wason confiera plus tard : « Ils disaient que les femmes ne faisaient pas assez autorité ou n’étaient pas suffisamment compétentes pour aborder des sujets sérieux. ».
Les voix de femmes :
Les préjugés sur les voix des femmes à la radio sont nombreux. Ainsi, en 1970, Jim Black, directeur de Radio Four (BBC), utilise encore cet argument pour exclure les femmes des programmes d’information :
« Si une femme pouvait lire les informations aussi bien qu’un homme alors elle pourrait s’en charger. Mais la personne qui lit les actualités doit communiquer fiabilité, régularité et autorité. Une femme peut avoir une ou deux de ces qualités, mais pas les trois. Si une femme lisait les informations, personne ne prendrait cela au sérieux »[2].
En France, pour la saison 2017-2018, les cinq principales émissions de radio matinales sont présentées par des hommes : Patrick Cohen (Europe 1), Yves Calvi (RTL), Nicolas Demorand (France Inter), Guillaume Erner (France Culture) et Jean-Jacques Bourdin (RMC).
Un autre argument avancé pour éloigner les femmes des micros est qu’« Une voix de femme, lorsque celle-ci est invisible, est tout à fait indésirable » comme l’exprime un auditeur en 1924. Les voix des femmes doivent être ancrées dans des corps, objectifiées.
L’idée selon laquelle les voix de femmes ne seraient pas radiogéniques a la vie dure, comme le rappelle la chercheuse Anaïs Berthelot. Analysant les archives de la WNYC, avant la Deuxième Guerre Mondiale, elle constate qu’en même temps que les femmes se professionnalisent et sont plus présentes sur les antennes, le registre de voix acceptable ou valorisé est manifestement plus grave que la moyenne en même temps que la prosodie[3] est moins marquée.
Ces voix connotent l’origine occidentale, un certain niveau d’éducation, un ancrage géographique dans le Nord-Est du pays et uniformisent les personnalités et excluent les expériences singulières. Ces voix féminines graves, au débit ralenti, à la prosodie peu marquée, suggèrent un effacement des identités multiples des femmes.
Et aujourd’hui ?
En France, les femmes représentent 43% des personnes salariées par la radio diffusion en 2022[4].
Concernant la présence des femmes sur les ondes françaises[5] :
- le temps de parole des femmes stagne à 34% du temps d’antenne en 2023, même si on note une présence plus importante sur les plateaux.
- les radios font plus souvent appel à des expertes femmes, mais elles restent minoritaires (41%)
- sur une journée, l’ARCOM relève 42% de femmes à la radio. Il y a moins de présentatrices et elles sont sous-représentées parmi les invitées (expertes, politiques ou autres).
- concernant les sujets abordés : on parle plus des hommes que des femmes (39/31%).
- elles sont sous-représentées dans les programmes sportifs, particulièrement quand il s’agit d’un sport dit “masculin” comme le football ou le rugby.
- elles sont aussi sous-représentées dans les programmes d’informations en cas de conflits. On constate dans ces périodes une baisse de leur temps de parole. Les femmes sont moins présentes sur les sujets dits « régaliens », comme l’armée, la police, la justice, la diplomatie ou la politique monétaire et fiscale.
La radio est un media très présent dans la vie quotidienne. Elle assure une fonction de validation de nouveaux formats et de légitimation, d’amplification, de propagation de performances vocales, qui sont ressenties par les auditeurs et les auditrices comme autant de modèles potentiels à imiter et à valoriser. Les voix graves pour les hommes et les femmes, l’intonation la plus neutre, selon la tradition « à la française », c’est-à-dire respectant l’accent standard d’Île-de-France sont la norme.
Si la présence des femmes est devenue habituelle sur les ondes, elles sont toujours moins nombreuses que les hommes, d’un côté et de l’autre du micro, surtout sur des sujets encore considérés comme relevant d’une expertise masculine, de la politique au sport. Des stéréotypes et des préjugés sur les voix féminines persistent, qui impactent négativement les carrières féminines dans le secteur de la radio mais aussi dans les autres secteurs d’activité, dès lors qu’il s’agit de prendre la parole en public.
[1] https://www.arcom.fr/se-documenter/etudes-et-donnees/etudes-bilans-et-rapports-de-larcom/les-francais-et-la-radio
[2] Gill Rosalind, 2000, « Justifying Injustice: Broadcasters’ accounts of inequality in radio », in Mitchell Caroline & Karpf Anne (eds), Women and Radio. Airing Differences, Londres New York, Routledge, 137-51.(Traduction Anaïs Lefèvre).
[3] La prosodie est l’ensemble des traits oraux d’une expression verbale d’un locuteur, traduisant la musicalité de sa voix et de ses énoncés, et qui rend les émotions et les intentions plus intelligibles à ses interlocuteurs.
[4] https://www.lalettre.pro/Medias-les-femmes-representent-44-de-l-ensemble-des-salaries_a30032.html
[5] https://www.arcom.fr/se-documenter/etudes-et-donnees/etudes-bilans-et-rapports-de-larcom/la-representation-des-femmes-la-television-et-la-radio-rapport-sur-lexercice-2023
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