La voix des femmes au cinéma

Avr 29, 2025 | Discriminations

La voix des femmes au cinéma

Discriminations

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Le cinéma joue un rôle important dans la production, la persistance et la diffusion des stéréotypes genrés car il tend à entretenir l’illusion qu’il représente le « réel ». Dans cet article, nous allons voir la place qu’il donne aux voix des femmes, devant et derrière les caméras.

 

  • Derrière la caméra

–> Quelques chiffres

L’étude menée en 2021 par le Centre national du cinéma et de l’image animée montre que seuls deux secteurs atteignent la parité dans les secteurs de l’audiovisuel et du cinéma : la distribution cinématographique (50,4% de femmes) et la projection de films cinématographiques (49,4% de femmes). Si on peut noter que les effectifs de la FEMIS, l’école parisienne de cinéma, sont paritaires depuis plusieurs années et que le nombre de films (co)réalisés par les femmes ne cesse d’augmenter depuis 2002, ces derniers ne représentent que 31% des films agréés par le CNC. Et si l’on s’en tient aux films réalisés uniquement par les femmes, ce pourcentage tombe à 26%.

Autre chiffre : en 2023, d’après l’étude menée par le collectif 50/50¹, 36% des réalisateurs·rices de premiers films sont des femmes. Ce chiffre chute à 19% de femmes à partir de la quatrième réalisation. Autrement dit, durant leurs carrières, les réalisateurs tournent davantage que les réalisatrices.

Côté budget, un film réalisé par une femme coûte en moyenne 48% de moins qu’un film réalisé par un homme, ce qui s’explique notamment par le fait qu’on ne trouve aucune femme à la réalisation des films à gros budget : en 2021, 19 films de plus de 10M€ ont été tournés par des hommes contre ….0 par des femmes !

Entre 2012 et 2021, seuls 7% des projets de création de musiques de films originales aidés par le CNC ont été menés uniquement par des femmes.

Du côté des équipes techniques, on compte 10% de cheffes opératrices. Jeanne Lapoirie, qui a travaillé entre autres avec André Téchiné, François Ozon ou Valeria Bruni-Tedeschi l’explique ainsi : « Les équipes sont constituées par réseau : le réalisateur choisit son chef opérateur, le chef op son chef machiniste, son chef électro, etc… » Compte tenu de la prédominance des hommes dans les équipes décisionnaires, on trouve finalement des équipes majoritairement masculines.

–> Au commencement : cinéma muet, réalisatrices prolixes puis oubliées.

Les femmes ont joué un rôle important dans le développement de l’industrie cinématographique, dès les années 1900, mais ont été balayées par les poids lourds qui se sont emparés du système avec l’avènement du cinéma parlant. Elles ont porté à l’écran des thématiques sociales et apporté des innovations techniques et n’ont été redécouvertes que récemment par le grand public.

Alice Guy (ou Guy-Blaché) (1873-1968) est secrétaire chez Léon Gaumont, fondateur d’une des compagnies historiques du cinéma, lorsqu’elle propose de filmer des histoires courtes afin de montrer toutes les capacités des premiers appareils de projection. Elle écrit des petites scènes et demande à des amis de les jouer. La Fée aux choux est ainsi l’un des tout premiers films de fiction. Réalisatrice chez Gaumont, elle tourne des films de plus en plus ambitieux en termes de sujets comme de moyens (tel La Vie du Christ, d’une durée de 33 mn en 1906). Elle crée en 1910 à New-York, la société Solax Film, qui produira des centaines de films : Solax est considérée comme l’une des plus importances maisons de production des années 1910. Parmi les films tournés par Alice Guy, qui rencontrent un grand succès, figurent des westerns et des films traitant du sexisme ou du racisme. Ruinée par les investissements hasardeux de son mari, la maladie, la transformation du secteur cinématographique qui s’installe à Hollywood, l’avènement du cinéma parlant et la disparition de ses films, elle quitte le milieu du cinéma à la fin des années 1920.

Une autre réalisatrice importante de cette période est la comédienne américaine Lois Weber (1879-1939) qui devient une cinéaste prolifique à partir de 1911. Elle est la première femme à tourner un long métrage aux États-Unis, en 1914 : The Merchant of Venice, adapté de la pièce de Shakespeare. Réalisatrice, scénariste et productrice de centaines de films, elle traite dans ses fictions de nombreuses questions sociales, telles le contrôle des naissances, la peine de mort, le mariage interculturel ou l’égalité salariale. En 1915, elle crée, avec vingt-cinq cinéastes, la première organisation professionnelle du cinéma étasunien, la Motion Picture Directors Association (MPDA), où elle reste longtemps la seule femme à siéger. En 1917, elle crée sa maison de production, la Lois Weber Productions, et ses premiers studios. Femme moderne par sa carrière, elle incarnait néanmoins dans sa vie privée un idéal victorien bientôt jugé dépassé, ce qui, ajouté à un contrôle de plus en plus strict des studios sur les productions et le développement du cinéma parlant l’a éloignée de la production à partir de 1927.

Berlinoise tôt fascinée par le cinéma et par le découpage de silhouettes, Lotte Reiniger (1899-1981) réalise ses premiers travaux d’animation de silhouettes de papier découpé au sein de l’Institut für Kulturforschung (l’Institut pour la recherche culturelle), qui dispose d’un studio d’animation expérimentale. De 1923 à 1926, Lotte Reiniger travaille sur Les Aventures du Prince Ahmed, un des tout premiers longs métrages d’animation, onze ans avant Blanche-Neige et les sept nains de Walt Disney (restauré et ressorti sur les écrans en 2007 et commercialisé en DVD en 2008).

Leurs noms et leurs réalisations ont pendant longtemps été occultés, contrairement à ceux de leurs collègues masculins de la même époque comme Louis Feuillade, formé par Alice Guy (Fantômas, Les Vampires) ou Abel Gance (Napoléon en 1926).

–> Aujourdhui : la possibilité de récits différents ?

Encore peu nombreuses comme nous l’avons vu plus haut, les réalisatrices se distinguent de leurs homologues masculins à plusieurs titres, d’après Anne Gillain.² Elles privilégient d’abord les personnages féminins, proposant une alternative à l’image de la “Femme” proposée habituellement et accordent de l’importance aux relations entre les personnages féminins. Elles témoignent d’un intérêt pour les thématiques sociales. Leurs héroïnes refusent ou contournent les normes de genre, agissent en-dehors de leur foyer, sont en mouvement contrairement au cinéma classique qui associe la femme à un domicile, à l’immobilité. Elles tournent plus souvent dans des lieux à la marge des grandes agglomérations, dans des villes de province, loin des centres de pouvoir.

  • Devant la caméra, une parole contrainte.

Le passage du cinéma muet au cinéma parlant a fortement impacté les acteurs mais encore plus certaines actrices et les ont éloignées des écrans : une voix qui ne correspond pas à l’idée que s’en faisaient les spectateurs, éloignée des normes de la séduction, une diction à travailler, des accents préjudiciables. Mais aujourd’hui, quelle place pour les voix féminines sur nos grands écrans ?

Les femmes tiennent le rôle principal dans 23% des films et les actrices sont majoritairement infirmières, secrétaires, enseignantes, serveuses, caissières…³.Elles sont jugées le plus souvent non pas sur ce qu’elles disent, mais sur la façon dont elles le disent.

Et elles ne sont pas bien bavardes ! Le journal « L’Obs » a visionné les productions les plus vues en 2018. En moyenne, les femmes n’y occupent qu’un quart du temps de parole. Dans une autre étude, on constate que dans les comédies romantiques, 58% des dialogues sont énoncés par les hommes. Ce chiffre s’élève même à 60% dans les films d’animation Disney, même ceux dont le personnage principal est féminin, comme Mulan, dans lequel son dragon protecteur accapare 50% de dialogue de plus que la jeune femme⁴.

Quand elles parlent, elles parlent …des hommes ! La dessinatrice Alison Bechdel imagine un test remettant en cause la place des rôles féminins au cinéma. Elle pose trois questions : le film comporte-t-il au moins deux personnages féminins ? Est-ce que ces personnages féminins discutent entre eux ? Quand ils parlent ensemble, ces personnages féminins parlent-ils d’autre chose que d’un homme ? Une plateforme numérique, Bechdel Test Movie List, a évalué ainsi pas moins de 4 000 films : 40% d’entre eux ne remplissent pas les critères du test. D’après le média américain Polygraph, 46% des films sortis depuis 1995 et écrits uniquement par un homme échouent au test contre 6% des films écrits uniquement par une femme. Si un film ne présentant pas de personnage féminin n’en est pas pour autant sexiste, l’écart mis en avant entre les deux sexes par le test de Bechdel est significatif.

Conclusion :

Loin d’être un simple reflet de la société, le cinéma participe activement à la construction des représentations genrées. Si les femmes ont été pionnières dans l’histoire du septième art, leur rôle a longtemps été invisibilisé, aussi bien derrière que devant la caméra. Aujourd’hui encore, malgré des avancées notables, la parité reste loin d’être atteinte : sous-représentation dans les postes clés, inégalités budgétaires, stéréotypes persistants dans les rôles et les dialogues. La voix des femmes au cinéma, qu’elle soit littérale ou symbolique, demeure trop souvent marginalisée. Remettre en lumière les figures oubliées, encourager la diversité des points de vue et repenser les récits sont autant de pistes pour faire évoluer une industrie encore largement dominée par les hommes. Car redonner une place pleine et entière aux femmes dans le cinéma, c’est aussi proposer une vision du monde plus juste, plus riche et plus fidèle à sa complexité.

¹Collectif 5050
²L’Imaginaire féminin au cinéma. Anne Gillain, The French Review, Vol. 70, No. 2 (Dec., 1996), pp. 259-270 (12 pages).
³S. Benamon, « Quelle place pour les femmes dans le cinéma ? », L’Express, 21 octobre 2015, consulté le 3 décembre 2018 ; M. Lebret, « La place des femmes dans les films s’améliore, mais très peu », Slate.fr, 19 février 2015
⁴Analyse n°364 de Lise Clavier – février 2019

Isabelle Moro

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